Record de bons lecteurs : PIRLS 2016

Ecrit le 04 déc 17 par Dr Dirk Hastedt
Comparaisons internationales
Alphabétisation et lecture
Etudes de rendement


Le Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS) est une étude lancée en 2001 par l’IEA et qui évalue tous les cinq ans l’évolution du niveau de compréhension écrite des élèves. Cette étude mesure la compréhension de lecture en quatrième année de scolarité obligatoire (CM1) et fournit aux pays participants des données comparatives complètes sur l’apprentissage de la lecture. En 2016, pour son quatrième cycle, PIRLS a été renforcé par l’arrivée d’ePIRLS, une enquête numérique innovante sur la lecture informative en ligne conçue par l’IEA pour répondre aux nouveaux besoins d’apprentissage à l’ère de l’information.

Le lancement de PIRLS 2016, organisé conjointement par l’UNESCO et l’IEA, a eu lieu le 5 décembre au siège de l’UNESCO. À cette occasion, le Dr Dirk Hastedt, directeur exécutif de l’IEA, a partagé avec nous quelques-unes des conclusions de l’étude.

Quels sont les principaux résultats de PIRLS 2016 ?

DH : Les résultats de PIRLS 2016 témoignent d’un certain nombre d’avancées dans le domaine des compétences en lecture partout dans le monde. Pour la première fois dans l’histoire du programme, près de 96 % des élèves de CM1 de plus de 60 pays ont obtenu des résultats supérieurs au niveau bas de l’indice de référence. Sur les 41 pays pour lesquels des données comparatives existent depuis le cycle PIRLS de 2011, 18 pays montrent des améliorations statistiquement significatives en compréhension écrite. En outre, on observe plusieurs évolutions positives sur le long terme. Depuis le premier cycle de PIRLS en 2001, les compétences en lecture ont progressé dans 11 pays, et le score moyen des élèves de Hong Kong, de la Fédération de Russie, de Singapour et de Slovénie a augmenté de plus de 40 points. D’après les données de l’étude, non seulement les parents s’impliquent désormais plus dans l’apprentissage de la lecture de leurs jeunes enfants, mais de nombreux pays ont également intensifié leurs efforts pour donner accès à l’enseignement préprimaire. Les élèves de maternelle n’ont jamais été aussi nombreux qu’aujourd’hui : 59 % des enfants suivent au moins trois années d’enseignement préprimaire.

Comme dans les précédents cycles de PIRLS, nous avons constaté que les filles obtiennent une fois de plus de meilleurs résultats que les garçons. Dans 48 pays sur 50, les filles ont obtenu des résultats supérieurs de 19 points à ceux des garçons, avec souvent de meilleurs résultats dans les deux objectifs de lecture, l’accès aux textes littéraires et l’acquisition d’informations. Comprendre la nature des différences de genre dans le domaine de la lecture demande une analyse approfondie de l’ensemble des données longitudinales issues de l'enquête PIRLS.  

D'après votre expérience, quelle est l’influence des résultats de PIRLS sur l’élaboration des politiques ?

DH : Il est essentiel de jeter des ponts entre les sciences de l’éducation et l’élaboration des politiques pour faire progresser l’éducation dans tous les pays. Pour répondre aux besoins des décideurs politiques et leur fournir des informations sur les questions les plus urgentes, nous avons mis au point nos études en étroite collaboration avec les centres de recherche nationaux. 

Lors des réunions avec nos membres, nous leur demandons régulièrement s’ils ont transformé les résultats de l’étude en politiques concrètes. D’après les retours que nous avons eus, l’influence de PIRLS sur la conception de politiques s’est traduite par de nombreux changements dans les programmes scolaires : intensification des programmes d’enseignement de la lecture, introduction de nouveaux supports de lecture et d’apprentissage, prise en compte des élèves allophones, identification de stratégies positives pour encourager la lecture, pour n’en citer que quelques-uns. Des pays ont indiqué avoir mis en place de politiques spéciales destinées à soutenir les élèves issus de milieux défavorisés ou immigrés, ainsi que de nouveaux programmes de formation et de soutien des enseignants. 

Comment le PIRLS contribue-t-il à une meilleure mesure de la réalisation du quatrième Objectif de développement durable (ODD4) ?

DH : La finalité de l’IEA et de ses études de grande envergure est de faire progresser l’éducation partout dans le monde. Les études de l’IEA comme PIRLS, TIMSS, ICCS et ICILS contribuent donc de manière directe à la réalisation de l’ODD4, qui vise à assurer l’accès de tous à une éducation de qualité. Les études internationales de grande envergure comme PIRLS fournissent des instruments de mesure génériques qui permettent d’évaluer l’apprentissage dans différents domaines, que ce soit en lecture, en sciences ou encore en éducation civique. Ces études nous indiquent les domaines dans lesquels les compétences des élèves stagnent ainsi que ceux dans lesquels elles progressent, ce qui permet d’établir un système d’indice de référence mondialement reconnu pour mesurer et identifier les tendances en matière d’apprentissage. De plus, le PIRLS et les autres enquêtes de l’IEA recueillent une grande quantité de données sur les élèves, leurs parents, leurs enseignants ainsi que leurs établissements scolaires, ce qui permet d’inscrire les progrès des enfants dans un contexte plus large. C’est cette combinaison de données, unique en son genre, qui constitue la principale contribution du PIRLS à l’ODD4. Avec ces données, les chercheurs et les décideurs politiques peuvent suivre l’apprentissage au fil du temps et recouper les résultats avec des facteurs contextuels comme les réformes de l’éducation, les changements dans les programmes scolaires ou les évolutions de l’environnement d’apprentissage, tout en prenant en compte la situation socio-économique et politique dans les pays participants. 

Que pouvez-vous nous dire des résultats du programme ePIRLS ? Comment ces résultats pourront-ils être exploités par les pays ?

DH : ePIRLS est une extension de l’enquête PIRLS. Quatorze pays et deux entités de référence ont participé au premier cycle d'évaluation, qui a commencé en 2016. Contrairement à PIRLS, ePIRLS évalue les élèves sur la lecture de texte non continu dans une simulation d’environnement Internet, où ils doivent naviguer entre plusieurs pages web, des animations, des onglets et des fenêtres contextuelles pour effectuer la recherche demandée. Dans ePIRLS, nous avons trouvé beaucoup de bons lecteurs : en moyenne, 50 % des élèves ont atteint le niveau élevé de l’indice de référence international, ce qui prouve qu’ils sont capables d’extraire des informations provenant de différents sites Internet et de fonctionnalités interactives, et comprennent également comment des éléments graphiques organisent un contenu. 
 

Il est intéressant de souligner que les résultats d’ePIRLS diffèrent légèrement de ceux de PIRLS, que ce soit au sein d’un même pays ou entre les pays participants. Par exemple, les élèves de Singapour, de Norvège, de Suède, du Danemark, des États-Unis, d’Israël et des Émirats arabes unis ont obtenu de meilleurs scores à ePIRLS, alors que les élèves de quatrième année de scolarité obligatoire du Taipei chinois, d’Italie, de Slovénie, du Portugal et de Géorgie ont, eux, obtenu de meilleurs résultats à PIRLS. En cherchant à expliquer ces différences, nous avons observé que l’habitude d’utiliser ordinateur dans un contexte d’apprentissage pouvait conférer à l’élève un avantage relatif dans l’évaluation ePIRLS. Partout dans le monde, les nouvelles technologies continuent d'être intégrées aux programmes scolaires et l’utilisation de supports d’apprentissage numériques se développe. L’avenir de l’éducation est donc inévitablement lié au degré d’autonomie de l’élève dans l’utilisation de ces ressources. Faire en sorte que tous les élèves acquièrent les connaissances et compétences nécessaires à la poursuite de leur formation et à l’obtention d’un emploi est l’une des cibles de l’ODD4. Nous espérons donc qu’ePIRLS permettra d’aider les pays à réfléchir à la numérisation de leurs systèmes éducatifs et à identifier les meilleurs moyens d’intégrer la technologie au processus d’apprentissage. 

Dr Dirk Hastedt

Bio

Dr Dirk Hastedt

Directeur exécutif de l’Association internationale pour l’évaluation des acquis scolaires (IEA), dont il supervise les activités, les études et les services