Préparer les adolescents au monde du travail de demain : la transformation de l’enseignement des STEM au Rwanda

Ecrit le 07 aoû 19 par Line Kuppens
Enseignement des mathématiques et des sciences
Questions relatives au genre en éducation

 

La population du Rwanda est jeune et en plein essor. On estime que chaque année, 220 000 adolescents entrent sur le marché de l'emploi. Alors qu’ils aspirent à un travail et un salaire décents, de nombreux jeunes – et en particulier des filles – sont freinés par la lente croissance de l’emploi dans le secteur formel, mais également par le fait que leur formation n’est pas adaptée. Transformer l'éducation contribue à répondre aux aspirations des adolescents et à leur donner les outils nécessaires pour affronter le monde du travail de demain. C’est le thème de la Journée internationale de la jeunesse de cette année. L’occasion pour la VVOB de partager son expérience de la transformation de l’enseignement des STEM au Rwanda, où elle entreprend de transformer cet enseignement en formidable outil permettant aux jeunes, filles comme garçons, de trouver des emplois corrects et satisfaisants dans une économie en rapide évolution. 

Le Rwanda a élaboré un cadre général dans l’objectif de devenir un pays à revenu intermédiaire (PRI) d’ici à 2020 : Vision 2020. Alors que, traditionnellement, l’économie du pays repose sur une agriculture de subsistance, ce cadre décrit les stratégies adoptées pour s'orienter vers une société fondée sur le savoir grâce au numérique. La constitution d’un important vivier de diplômés en science, technologie et innovation est en tête des priorités stratégiques. Toutefois, les diplômés de l’enseignement secondaire qui choisissent un champ d’études lié aux STEM sont minoritaires, entre autres parce que ce domaine est perçu par la société comme trop difficile ou principalement destiné aux hommes. Par ailleurs, de nombreux adolescents ne maîtrisent pas suffisamment les compétences de base en STEM. Des mesures doivent être prises pour améliorer l’enseignement de ces matières dans les dernières classes du primaire et au secondaire et pour préparer les 2 606 000 adolescents du Rwanda (âgés de 10 à 19 ans) à l’avenir du marché du travail.

Le déficit d’apprentissage actuel peut être compensé en investissant dans des formations et un renforcement des capacités innovants et pertinents pour les enseignants. En outre, avec des pédagogies tenant compte des questions de genre, les adolescentes seront en mesure de choisir un cursus en STEM et de le réussir. 

Investir dans les enseignants = investir dans les résultats des apprentissages

Sans perdre de vue l’importance de l’environnement domestique, la qualité de l’enseignement est le facteur le plus déterminant pour les résultats des apprentissages. Pourtant, la plupart des enseignants rwandais ne disposent ni des connaissances thématiques ni des compétences nécessaires, en particulier dans le domaine des STEM, pour prodiguer un enseignement de qualité pour tous. Pour tenter de venir à bout de ce problème, la VVOB, avec le soutien de la Mastercard Foundation, propose et institutionnalise une formation continue pour les enseignants. Dans 612 écoles primaires et 800 établissements secondaires de 17 districts du Rwanda, l’association forme des mentors en milieu scolaire et des responsables de matière en STEM pour accompagner et encadrer leurs collègues afin de renforcer leurs aptitudes et compétences d’enseignement. Cette formation est coorganisée et certifiée par l’établissement de formation d’enseignants de l’université du Rwanda (UR-CE) et le Conseil de l’éducation du Rwanda (REB), des partenaires clés de la VVOB. 

La VVOB aide aussi les mentors et les responsables de matières STEM à mettre en place des réseaux d’échange de pratiques. Au sein de ces réseaux, les enseignants s’aident mutuellement pour bien comprendre le contenu des programmes et concevoir des ressources pédagogiques et des plans de cours adaptés. Les recherches montrent que cette méthode d’apprentissage est très efficace et, surtout, qu’elle donne aux enseignants les moyens de relever les défis qu'ils rencontrent et d’améliorer leur propre pratique.

Prendre en compte la problématique femmes-hommes

Le Rwanda a fait d’énormes progrès en faveur de l’égalité des sexes dans l’éducation. Actuellement, on compte même plus de filles que de garçons scolarisés dans le secondaire, bien que seule 38,2 % de la population d’âge scolaire poursuive des études secondaires. Mais les garçons continuent à obtenir de meilleurs résultats que les filles aux examens nationaux, ce qui entretient l’idée, répandue chez les filles, selon laquelle elles ne pourraient pas réussir aussi bien que les garçons du même âge.

Les enseignants, ainsi que les chefs d’établissement, qui font eux aussi figure de modèles, ont un impact sur les normes de groupe et les exigences des élèves vis-à-vis d’eux-mêmes, qui peuvent leur ouvrir ou leur fermer des portes. La VVOB sensibilise ces deux groupes aux effets néfastes des préjugés et leur donne des outils pour créer un environnement scolaire sensible à la problématique femmes-hommes, notamment des trucs et astuces pour prendre cet aspect en compte au moment de constituer des groupes d’élèves, ainsi que des recommandations sur l’usage d'une langue tenant compte des questions de genre.

De manière plus générale, la VVOB est attachée à la création d'environnements scolaires conçus pour les apprenants, dans lesquels les adolescents, filles comme garçons, se sentent soutenus et en sécurité. L’adolescence est déjà une période délicate de la vie, caractérisée par de profonds changements socioémotionnels, cognitifs et physiques. Toute expérience négative, qu’elle prenne la forme de harcèlement, d’insultes verbales ou d'intimidation sexuelle, peut gravement mettre à mal le bien-être des adolescents, et donc leurs résultats scolaires.

L’agriculture, un secteur qui n’est pas près de disparaître

La transformation de l’enseignement des STEM afin de préparer les adolescents à l’avenir du monde du travail est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour que les 220 000 jeunes intégrant chaque année le marché du travail trouvent tous un emploi décent et satisfaisant. La création d’emplois dans le secteur formel ne suit tout simplement pas le rythme – sachant que par ailleurs, les taux de scolarisation dans le secondaire sont faibles. Dans cette société traditionnellement agricole, l’agriculture n’est pas près de disparaître. Point positif : l’emploi salarié agricole est en hausse. Pourtant, il ne représente jusqu'à présent que 12 % des emplois, contre 60 % pour l’agriculture de subsistance. Il est donc nécessaire de doter les adolescents de compétences en gestion d’entreprise pour stimuler le marché de l’emploi, la croissance et la productivité dans le secteur.

En Ouganda et en RDC, la VVOB transmet déjà aux adolescents les compétences nécessaires pour devenir des « agripreneurs » en améliorant la gestion et la participation des élèves et enseignants aux méthodes de gestion des fermes-écoles et des unités de production détenues par les établissements. La VVOB a également pour ambition d’améliorer la qualité de l’éducation et de la formation agricoles formelles. Elle adopte pour cela une stratégie importante, qui consiste à donner aux apprenants l'occasion de se former sur le terrain. En RDC, les élèves des lycées agricoles bénéficient d'un apprentissage sur le lieu de travail, tout comme les enseignants en Ouganda.

Les adolescents comptent

Dans de nombreuses régions du monde, le taux de chômage des jeunes est presque deux fois plus élevé que celui des adultes. La VVOB a pour objectif d’élargir les débouchés offerts aux adolescents en facilitant les transitions entre le monde du travail et la poursuite des études, tout en créant des environnements scolaires inclusifs, équitables, sûrs et favorables. Le rapport technique n° 4 de la VVOB, « Enhancing adolescent wellbeing, learning and opportunities » (améliorer le bien-être, l’apprentissage et les perspectives des adolescents) expose notre stratégie et présente notre travail au Rwanda, en Ouganda et en RDC, ainsi qu’au Cambodge, au Suriname et en Équateur, où la VVOB se concentre principalement sur l’égalité filles-garçons et/ou l’EFTP. 

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