Pour un changement radical de la représentation des filles et des femmes dans les sciences et l’ingénierie

Ecrit le 06 fév 19 par Dr Elpida Makrygianni
Questions relatives au genre en éducation
Enseignement des mathématiques et des sciences

 

Célébrée le 11 février, la Journée internationale des femmes et des filles de sciences nous invite à affronter la question de l’égalité des genres et nous rappelle l’engagement que nous avons pris en tant que communauté mondiale en faveur de la promotion du plein accès et de la participation, sur un pied d’égalité, des femmes et des filles à la science et à l’ingénierie. 

Notre capacité à attirer un vivier de talents aux profils variés, à proposer de nouvelles idées, à faire preuve de créativité et à adopter des points de vue différents sera essentielle pour surmonter les obstacles systémiques qui s’opposent à la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Les disciplines « STEM » (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) et l’égalité des genres sont deux outils essentiels pour mettre en œuvre le développement durable et remplir l’engagement pris par la communauté mondiale de « ne laisser personne de côté ». 

On peut s’étonner de constater que, depuis des décennies, le nombre de filles et de femmes dans le domaine des sciences et de l’ingénierie reste stable. Malgré les nombreux efforts déployés, la situation a peu évolué et il reste beaucoup à faire, puisque les filles et les femmes n’ont toujours pas pleinement accès à ces domaines. En les privant de la possibilité de poursuivre des carrières scientifiques ou d’ingénieures, nous passons à côté de la contribution qu’elles pourraient apporter pour bâtir un monde meilleur et rendre notre secteur plus divers, ouvert et représentatif de la société dans son ensemble. 

C’est cette situation qui a poussé l’University College de Londres, au Royaume-Uni, à lancer en 2014 sa stratégie « 50:50 » pour une participation paritaire des moins de 19 ans aux sciences de l’ingénieur. Constatant qu’il fallait réellement transformer les systèmes, les infrastructures et les méthodes actuellement en place, nous avons repensé et reconçu des activités et élaboré de nouveaux programmes. Cette stratégie a pour principal objectif de renforcer et de diversifier les profils des ingénieurs, en encourageant des jeunes de tous les milieux à envisager des carrières dans le domaine de la recherche en sciences de l’ingénieur et de l’ingénierie appliquée. Nous voulons faire évoluer les visions stéréotypées des choix et carrières qui seraient convenables aux yeux des jeunes, et en particulier des jeunes filles, ainsi que des principales personnes qui les influencent, en les sensibilisant aux parcours professionnels passionnants et diversifiés qu’offrent les sciences de l’ingénieur. Ces interventions se fondent sur un réel engagement sur la durée, s’appuient sur des expériences en ingénierie réalisées par les élèves et couvrent l’ensemble de l’enseignement primaire et secondaire, pour que les garçons comme les filles puissent découvrir les sciences de l’ingénieur dès l’âge de quatre ans. Intégrée à nos 134 programmes STEM, cette stratégie met aujourd’hui en relation plus de 6 000 jeunes et un réseau de 529 écoles avec 623 membres du personnel et étudiants en sciences de l’ingénieur de l’UCL. 

Dans tous nos programmes STEM, nous tenons et nous veillons à ce que les effectifs comptent 50 % de filles. Si nous imposons systématiquement une participation de 50 % de filles, ce n’est pas simplement pour atteindre un équilibre parfait entre les genres. Notre but est de transmettre un message clair, puissant et cohérent au sein de la classe, dans les foyers et dans la société en faveur de l’élimination de la menace de stéréotype, un phénomène qui, en érigeant des barrières invisibles, empêche les jeunes filles d’avancer. Il s’agit de donner des moyens d’action aux filles et aux femmes pour leur permettre de réaliser tout leur potentiel, d’être plus résilientes et d’avoir davantage confiance en elles. Ainsi, notre stratégie « 50:50 » a permis d’obtenir un changement radical sur le plan de la diversité, puisque les taux de participation des filles à nos programmes sont passés de 19 % à 63 % en moins d’un an, tandis que la part d’élèves noirs, asiatiques et issus des minorités ethniques connaissait une augmentation similaire. 

Nous devons la réussite de notre stratégie à l’adoption et à la mise en œuvre des grandes priorités stratégiques suivantes :

Promouvoir l’INCLUSIVITÉ et l’ÉGALITÉ 

Fondés sur un principe de transversalité, nos programmes sont inclusifs sur le plan de la participation des élèves, mais aussi de la conception du programme, qui prend en compte la diversité des jeunes, ainsi qu’un large éventail de capacités et niveaux de compréhension. En effet, nous investissons dans des activités de renforcement des capacités sur-mesure, nous menons des actions de sensibilisation dans toutes sortes de réseaux et nous sélectionnons les candidatures selon une procédure innovante. Nous pouvons ainsi afficher une plus grande diversité et attirer des groupes qui auraient pu être exclus de nos programmes en raison de l’existence de structures sociales invisibles.

Apprendre par le biais de l’INGÉNIERIE EXPÉRIMENTALE

Nous voulons permettre aux jeunes de participer activement à des projets ouverts et authentiques, présentés sous un angle expérimental, pour qu’ils découvrent comment l’ingénierie s’applique dans le monde réel, tout en contribuant au processus. Notre ambition est d’apporter de la substance et du sens à des concepts théoriques et abstraits, tout en développant les connaissances, les compétences et la compréhension des élèves. Nous invitons les jeunes à découvrir la nature créative, environnementale et humanitaire des sciences de l’ingénieur et l’importance qu’elles revêtent dans notre société, grâce aux recherches de pointe menées dans nos laboratoires. Nous encourageons les élèves à participer au processus de conception et de fabrication, à résoudre des problèmes et à laisser libre cours à leur créativité et à leur pensée critique. 

S’inspirer de MODÈLES AUXQUELS S’IDENTIFIER 

Nos étudiants et étudiantes de premier, deuxième ou troisième cycle à l’UCL, issus de milieux très divers, viennent renforcer notre groupe de modèles du domaine de l’ingénierie auxquels les élèves peuvent s’identifier. Nous mettons en avant des modèles féminins forts en présentant des femmes scientifiques et ingénieures à tous les niveaux de l’enseignement primaire et secondaire. Nos étudiantes partagent leurs propres expériences et les parcours personnels variés qui les ont menées jusqu’aux sciences de l’ingénieur. Faisant office de mentors, elles se demandent comment transmettre leur passion pour les STEM à une personne plus jeune. Les jeunes élèves commencent à se constituer un réseau composé de véritables ingénieurs, à rencontrer d’autres jeunes et à apprendre au contact de modèles auxquels ils peuvent d’identifier. 

Agir LE PLUS TÔT POSSIBLE

Nous agissons le plus tôt possible pour remettre en cause les stéréotypes intégrés dès le plus jeune âge, qui empêchent les filles de réaliser tout leur potentiel. Dès quatre ans, nous initions les enfants à l’ingénierie, en leur permettant d’apprendre au contact de véritables ingénieurs du monde universitaire et industriel et de travailler avec eux grâce à des interactions permanentes, tout en approfondissant leurs compétences en lecture, écriture et calcul ainsi que leurs connaissances en science et ingénierie.

Accompagner les enseignants grâce à la FORMATION CONTINUE 

Nous savons qu’une éducation de qualité en classe dépend de l’excellence des enseignants et de leur capacité à favoriser l’apprentissage. Nous mettons à leur disposition des offres de formation continue de haute qualité tout en les soutenant en classe grâce à des ressources en lien avec les programmes et des experts qualifiés. Nous les accompagnons pour qu’ils puissent enseigner les STEM en toute confiance et de manière novatrice, en proposant des expériences d’apprentissage authentiques et en aidant les élèves à acquérir les compétences dont ils ont besoin pour réussir au 21e siècle et après.

Au fil de la conception et de la mise en œuvre de nos programmes, nous avons pu tirer des enseignements et formuler les recommandations suivantes :

  • Développer et concevoir des activités et des initiatives en faisant participer activement des enseignants, des jeunes actifs et des conseils locaux. Être à l’écoute des idées, expériences et besoins partagés par les communautés locales et les écoles.
  • Élaborer des boîtes à outils et proposer des formations à destination des enseignants, pour les aider à remettre en cause les stéréotypes, ainsi qu’à comprendre et gérer leurs préjugés inconscients et stéréotypes de genre. 
  • Repenser les systèmes, processus et stratégies utilisés actuellement dans le but d’attirer un groupe plus diversifié de jeunes, en particulier plus de filles et de femmes. 
  • Repenser les modes de communication utilisés pour sensibiliser les personnes, ainsi que les images et le vocabulaire employés. Investir dans des activités de renforcement des capacités par le biais de programmes sur-mesure et concevoir un processus de sélection des candidatures équitable et inclusif. 
  • Coopérer avec des associations caritatives, des organisations, des entreprises et des universités du domaine afin d’optimiser les synergies, d’avoir le plus d’impact possible et de toucher des jeunes de tous horizons. Ne pas travailler de manière isolée. Parvenir à un consensus autour d’une campagne nationale.
  • Investir dans des programmes intéressants et durables permettant à des scientifiques et ingénieurs issus de milieux divers de jouer le rôle de modèle et de travailler avec des enfants dès le plus jeune âge, sur la durée, pour améliorer leur capital scientifique et leur connaissance des débouchés offerts par les STEM. 

 

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