Les données d'apprentissages au cœur du processus de planification

Ecrit le 31 jan 17 par Talia de Chaisemartin, Ursula Schwantner
Docimologie
Recherche en éducation

 

Des mesures clés pour voir les résultats des apprentissages se traduire en politiques et actions concrètes

L'arbre qui tombe dans la forêt fait-il du bruit si personne n’est à côté pour l'entendre ? Cette réflexion a cours depuis des siècles mais elle soulève aujourd'hui de nouvelles interrogations autour des efforts internationaux d'amélioration des résultats des apprentissages. Nous devons prendre le temps de nous pencher sur cette question fondamentale : quel est l'intérêt d'une évaluation des apprentissages si personne ne comprend et même ne lit les rapports ?

Le NEQMAP, l'ACER et le GPE partagent des mesures clés pour voir les résultats des apprentissages se traduire en politiques et actions concrètes.

Atelier de renforcement des capacités

Le Réseau de suivi de la qualité de l'éducation dans la région Asie-Pacifique (NEQMAP), lancé par le Bureau de l'UNESCO à Bangkok, a récemment organisé un atelier de renforcement des capacités de quatre jours pour s'attaquer directement au problème des rapports et de la diffusion des évaluations des apprentissages à grande échelle. En collaboration avec le Conseil australien de recherche pédagogique (ACER) et avec le soutien du Partenariat mondial pour l'éducation (GPE), il a réuni près de 30 responsables gouvernementaux de 15 pays et d'autres partenaires de la région afin d'échanger des connaissances et des bonnes pratiques sur les mesures clés d'un programme d'évaluation des apprentissages. Voici le compte rendu des principaux enseignements tirés de cet atelier.

L'enjeu : les données d'évaluation ne servent pas à éclairer les décisions politiques

Les évaluations de grande envergure devraient être conçues dans le but d'obtenir des données pour faciliter le traitement des questions politiques et la réalisation des objectifs politiques et, à terme, d'améliorer les apprentissages. Pourtant, les données d'évaluation ne sont généralement pas utilisées pour la formulation de politiques. Et il est encore moins probable que les données d'évaluation à grande échelle aient un impact sur les politiques d'enseignement et d'apprentissages à l'échelle de l'école et de la classe, comme en témoigne une étude récente réalisée dans la région Asie-Pacifique.

Les participants à l'atelier ont abordé plusieurs des obstacles qu'ils ont rencontrés lors de l'utilisation de données d'évaluation à grande échelle. La question de la diffusion n'était généralement pas intégrée au processus de planification. Il n'existe généralement pas de stratégie de partage des données recueillies, l'élaboration et la diffusion des rapports manquent de financements et le planning des évaluations est parfois mal coordonné avec le cycle d'élaboration des politiques.

D'autres obstacles sont liés aux moyens. Il manque des ressources humaines ayant des connaissances techniques suffisantes pour réaliser une analyse approfondie  et il serait également nécessaire de créer des rapports ciblés pour les différents acteurs et de traduire les résultats des apprentissages en thématiques politiques. On constate aussi que les principaux acteurs disposent de capacités réduites pour comprendre et interpréter les résultats et que la qualité technique du programme d'évaluation proprement dit n’est pas jugée suffisante, ce qui l'empêche d'être considéré comme une source d'information légitime pour l'élaboration de politiques. Enfin, les rapports accordent peut-être trop de valeur aux classements et aux résultats bruts, plutôt que de donner des informations claires sur les implications en matière d'enseignement et d'apprentissages propres à des publics spécifiques tels que les parents, les enseignants et les antennes décentralisées des autorités de l'éducation.

Les étapes vers une solution : rapports et diffusion stratégiques

L'atelier du NEQMAP a apporté de nombreux éléments pour l'établissement de rapports, la diffusion et la traduction des résultats des apprentissages en politiques et actions concrètes.

Parmi les idées phares :

  • Le plan d'évaluation doit inclure une stratégie claire d'établissement de rapports et de diffusion qui souligne les liens existants entre l'analyse et les objectifs de politique définis.
  • Des techniques appropriées d'analyse des données doivent être utilisées pour analyser les résultats et les données contextuelles ainsi que pour interpréter ce qui les relie.
  • Avant d'élaborer des rapports, il est nécessaire d'identifier quelles sont les conclusions les plus intéressantes pour chaque catégorie de parties prenantes.
  • Il est important d’utiliser divers formats et approches pour l'établissement de rapports, et d’avoir recours à diverses voies de diffusion en fonction des publics, et notamment divers types de médias traditionnels et nouveaux. Facebook, Twitter et YouTube font partie des nouvelles stratégies médiatiques qui permettent de partager les principales conclusions des rapports avec un plus large public.
  • L'établissement de rapports et la diffusion doivent intervenir tout au long du programme d'évaluation et pas uniquement à la fin.

Un grand nombre de ces idées étaient nouvelles pour les participants à l'atelier. Lors de la préparation de leur rapport, la plupart des pays présents n'avaient pas tenu compte de la cible visée ni préparé plus d'un outil de connaissance pour communiquer leurs résultats à un éventail de parties prenantes, ni élaboré de plan pour diffuser les résultats.

Partage des bonnes pratiques

Les bonnes pratiques concernant l'établissement de rapports et la diffusion à travers toute la région ont également été partagées. Le système d'évaluation de l'éducation nationale (NEAS) au Pakistan, par exemple, possède une stratégie de diffusion qui s'adresse à divers publics. En plus de publier un rapport technique à l'échelon national, plusieurs petits rapports non techniques sont publiés à destination de différents publics. Les enseignants ont ainsi reçu un résumé d'une page reprenant les « bonnes nouvelles et les mauvaises nouvelles » issues de l'évaluation, et d'autres articles de bureau courants du type calendriers et blocs-notes ont été utilisés pour diffuser au plus grand nombre la synthèse des principaux résultats de l'évaluation. De la même façon, le rapport ASER (Annual Status of Education Report), c'est-à-dire la vaste évaluation citoyenne menée en Inde, a élaboré différents rapports d'évaluation pour les publics institutionnels et, pour le grand public, un rapport distinct illustré par des graphiques et véhiculant des messages forts. L'ASER réussit également à diffuser ses conclusions en ligne en affichant un riche contenu sur son site web et des messages créatifs et concis sur les réseaux sociaux. 

Avec le concours des facilitateurs et de leurs pairs, les responsables gouvernementaux ont élaboré une stratégie de diffusion pour leur évaluation à grande échelle et sont rentrés dans leur pays avec un plan d'action pour la mise en œuvre des enseignements tirés de l'atelier à court, moyen et long terme.

Le Secrétariat du NEQMAP au Bureau de l'UNESCO à Bangkok travaille à présent avec l'ACER sur une série d'études de cas locales afin d'illustrer à travers des exemples innovants comment les résultats des apprentissages à grande échelle peuvent éclairer les politiques et les pratiques en matière d'éducation. En s'appuyant sur les précédents travaux, cette initiative dessinera les efforts des programmes d'évaluation spécifiques et des pays pour garantir la diffusion et l'utilisation des résultats des apprentissages. Il est encourageant de savoir que de tels exemples existent mais nous avons besoin d'approfondir le sujet, et les études de cas contribueront à partager ces connaissances au profit de tous les pays et acteurs.

Vers une approche systémique de la mesure et de l'amélioration des apprentissages

Ce n'est pas l'évaluation en soi qui fera progresser les apprentissages. Nous devons aller de l'avant et investir dans des systèmes d'évaluation des apprentissages à l'échelle nationale. Dans le cadre de cet effort, le Partenariat mondial pour l'éducation travaille au lancement de l'initiative L'évaluation au service des apprentissages (A4L) au début 2017. L'initiative A4L vise à renforcer les systèmes d'évaluation des apprentissages en apportant une assistance technique et financière pour renforcer les capacités au niveau national et à l'échelle plus vaste de la région. Cette initiative s'appuiera sur les outils diagnostiques existants, la planification et l'analyse du secteur de l'assistance et sur les travaux de réseaux d'évaluation régionaux tels que NEQMAP. Les investissements dans le renforcement des évaluations des apprentissages seront liés au processus de planification national et leur intégration aux programmes du secteur de l'éducation permettra d'assurer leur durabilité.

Sans politique de rapports et de diffusion adéquate, les résultats des apprentissages ne parviendront pas aux principales parties prenantes. Or, ce sont elles  qui ont une influence considérable sur la manière dont nos enfants apprennent. Nous ne pouvons pas nous permettre de négliger les évaluations, à l'image de l'arbre qui tombe sans faire de bruit car personne n'est là pour l'entendre tomber. Les évaluations des apprentissages jouent un rôle crucial dans l'effort d'amélioration de la qualité de l'éducation pour tous. Nous devons donc continuer à aider les pays à mettre en place un système permettant d'entendre, de voir et de comprendre les résultats, et d'agir en fonction de ces résultats. 

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