Le Maroc s’apprête à lancer sa troisième évaluation nationale des acquis des élèves

Ecrit le 11 déc 18 par
Qualité de l'éducation
Docimologie

 

L’Instance Nationale d’Evaluation (INE), organe du Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique chargée de l’évaluation du système d’éducation et de formation, lancera en 2019 la troisième édition du Programme National d’Evaluation des Acquis (PNEA). Initié en 2008, ce programme vise l’évaluation des connaissances, aptitudes et compétences des élèves marocains en vue d’améliorer la qualité de leurs apprentissages.

Les 10 ans du PNEA : bilan et évolutions  

PNEA 2008 : une prise de conscience de l’urgence de réforme du système éducatif  

La première évaluation PNEA a eu lieu en 2008 et a évalué les compétences en langues, sciences et mathématiques des élèves de 4ème et 6ème année primaire, et de 2ème et 3ème année secondaire collégial. Les résultats ont révélé le faible niveau de compétences des élèves marocains et ont entraîné par conséquent une prise de conscience nationale de l’ampleur des défis à relever en termes d’équité et de qualité en matière d’éducation. Les résultats du PNEA 2008 ont été un élément catalyseur dans l’émergence du Programme d’Urgence de l’Education Nationale (PUEN) 2009-2012, stratégie sectorielle qui visait à donner un nouveau souffle à la réforme prescrite par la Charte Nationale d’Education et Formation (CNEF).

PNEA 2016 : l’introduction du testing assisté par ordinateur

Avec l’avènement de la Vision stratégique 2015-2030 pour une école de l’équité, de la qualité et de la promotion, le PNEA s’avère un outil indispensable pour l’évaluation et le suivi des résultats de la mise œuvre de la nouvelle réforme.

Ainsi, en 2016, une deuxième évaluation a été déployée auprès des élèves de première année de lycée, qui correspond au tronc commun du cycle secondaire qualifiant. Les compétences évaluées ont été étendues, en plus des langues, mathématiques et sciences à l’histoire-géographie. Cette évaluation a ciblé 581 lycées, soit 36.000 lycéens.

L’innovation majeure de cette évaluation repose sur son mode d’administration offline : les tests et les questionnaires ont été mis à disposition de tous les lycées concernés sur des clés USB pour que les élèves, enseignants et directeurs puissent répondre directement sur ordinateur. Bien que cette solution nécessite que l’ensemble des établissements participants soit équipé d’une salle multimédia et de postes informatiques, elle présente plusieurs avantages. La passation offline, en plus des économies liées aux coûts d’impression et de saisie des données, permet de contourner le problème d’accès à Internet, la sécurité et la confidentialité des données, et de disposer des résultats dans de meilleurs délais avec une réduction de la marge d’erreur.

PNEA 2019 : une gouvernance clarifiée

Dès 2019, le PNEA sera conduit de manière périodique tous les quatre ans. La définition d’une cyclicité rend désormais possible la comparaison dans le temps du rendement interne du système éducatif. De plus, le PNEA ciblera désormais les élèves de dernière année du cycle primaire (6ème année du cycle primaire), et de dernière année de la scolarité obligatoire (3ème année du cycle secondaire collégial). Au total, 34 500 élèves répartis sur 600 écoles primaires (18 000 écoliers) et 550 collèges (16 500 collégiens) participeront à l’évaluation.

L’Etat marocain donne ainsi la priorité aux cycles primaire et secondaire collégial qui recouvrent la scolarité obligatoire, en ce qu’ils correspondent aux niveaux où les inégalités et les retards d’apprentissage prennent racine.

Optimiser l’usage et la dissémination de l’information

Une évaluation adaptée au contexte socioéducatif national

Malgré des débuts hésitants, le PNEA, a entamé sa phase de maturation. Il s’institutionnalise comme outil de pilotage, suivi et évaluation de la Vision stratégique 2015-2030, et se distingue des évaluations internationales (TIMSS, PIRLS, PISA) (1)  auxquelles le Maroc participe par l’usage d’un référentiel basé sur le curriculum national, à la différence des évaluations internationales basées sur un curriculum hypothétique commun à tous les pays participants. De ce fait, il permet une interprétation des résultats adaptée au contexte de scolarisation national.

Le PNEA : une mine d’or d’informations

Si le premier enjeu des programmes d’évaluation réside dans la fiabilité et la représentativité des résultats, le degré et la pertinence de leur analyse est essentielle à l’orientation et l’efficacité de la décision politique.

Le plan d’échantillonnage du PNEA est un plan d’échantillonnage probabiliste à trois degrés (établissements, classes, élèves) stratifié par région, type d’établissement (public/privé) et milieu (urbain/rural). Le plan permet de comparer les acquis des élèves entre les régions du royaume, de même que les performances de l’enseignement public par rapport à l’enseignement privé.

En parallèle des tests disciplinaires, des questionnaires contextuels permettent de collecter une myriade d’informations allant des caractéristiques sociodémographiques des élèves, enseignants et directeurs d’établissement, aux caractéristiques propres à l’environnement socioéducatif (climat scolaire, pratiques éducatives et de gestion, problèmes sociaux et scolaires).

De ce fait, le PNEA autorise une lecture ventilée des résultats selon une panoplie de variables de contexte (genre, âge, redoublement, niveau d’instruction des parents etc.), qui représentent autant de facteurs déterminants de la qualité des apprentissages. Si les rapports d’analyse du PNEA ont été jusqu’à présent davantage axés sur des analyses quantitatives, il est prévu à l’avenir d’accorder plus d’importance à l’analyse des facteurs de rendement interne du système éducatif.

Une appropriation progressive des résultats d’évaluation

L’adhésion de l’ensemble des acteurs éducatifs au PNEA est une condition sine qua non à son développement. Ces acteurs comprennent à la fois les responsables des niveaux centralisé et décentralisé (autorités régionales et provinciales de l’éducation), de même que l’administration et le corps enseignant au sein des établissements. Leur adhésion est essentielle à l’opérationnalisation des enseignements tirés des évaluations.

PNEA 2023 : généraliser l’évaluation à tous les élèves en fin de cycle primaire  

L’INE étudie, en collaboration avec le Département de l’Education nationale, la faisabilité technique et financière d’une éventuelle généralisation du PNEA à l’ensemble des élèves de dernière année primaire, tel que préconisée dans un récent rapport de l’OCDE - Examen du cadre d’évaluation de l’éducation au Maroc. L’adoption d’une telle proposition est de nature à permettre l’évaluation des performances aussi bien des établissements que des enseignants, et partant, à davantage responsabiliser les acteurs éducatifs, et renforcer les mécanismes de reddition de compte.

(1) Le Maroc a participé à TIMSS en 2007, 2011 et 2015, à PIRLS en 2011, 2006, 2011 et 2016, et pour la première fois en mai 2018 à PISA.

 

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