L’éducation à la citoyenneté mondiale en pratique : l’expérience de l’EAA

Ecrit le 21 mai 19 par Education Above All Foundation
Education à la citoyenneté mondiale

 

L’éducation à la citoyenneté mondiale (ECM) est une condition essentielle du développement durable.  Elle encourage l’acquisition de compétences, de valeurs, d’attitudes et de comportements qui permettent aux élèves de jouer un rôle actif pour affronter et résoudre les défis mondiaux, en agissant en amont pour un monde plus pacifique, tolérant, inclusif et sécurisé. 

L’ECM comprend trois grandes dimensions d’apprentissage.  

  • Premièrement, les compétences cognitives, qui permettent d’acquérir des connaissances sur les problèmes mondiaux, de bien les comprendre et d’avoir une réflexion critique à ce sujet, ainsi que sur l’interdépendance entre les pays et les différentes populations. 
  • Deuxièmement, l’apprentissage socio-émotionnel, qui favorise le sentiment d’appartenir à une humanité commune et de partager des valeurs et responsabilités, ainsi que l’empathie, la solidarité et le respect de la diversité. 
  • Troisièmement, les compétences comportementales pour agir de manière responsable à l’échelle locale, nationale et internationale afin de bâtir un monde plus pacifique et durable.

L’ECM contribue à la cible 4.7 des ODD, qui porte sur les connaissances et compétences nécessaires à la promotion du développement durable. Il est très utile envisager la question sous l’angle de sa définition, afin d’apporter un cadre conceptuel qui précise ce que nous entendons par « citoyens mondiaux », mais il est tout aussi important de comprendre le parcours de certaines personnes au fil de leur transformation personnelle en « citoyens mondiaux ». Devenir citoyen mondial suppose de suivre un processus pour comprendre, accéder à l’autonomie et agir. 

Trop souvent, la théorie ne se transforme pas en changement durable concret. Les quatre programmes de la fondation Education Above All (EAA) accompagnent des projets dans toute une série de domaines. On peut en tirer des enseignements utiles pour la promotion de la citoyenneté mondiale et ils constituent de bons exemples de mise en correspondance entre théorie et pratique.

1. Le programme Reach Out to Asia (ROTA) de l’EAA axe son action sur l’autonomisation de la jeunesse, avec des initiatives alliant formation, dialogue et action dans le but d’encourager la citoyenneté mondiale chez les jeunes dans des contextes variés. Son initiative MYCHA (renforcement des capacités de la jeunesse pour l’action humanitaire dans la région MENA) a permis de former des jeunes à la conception et la mise en œuvre de contributions positives dans des situations de crise. 

 

Initiative MYCHA (renforcement des capacités de la jeunesse pour l’action humanitaire dans la région MENA).

Avec son initiative EMPOWER, le ROTA a aidé des jeunes à créer des clubs de jeunesse, à identifier des problèmes rencontrés par leur communauté et à développer leurs propres actions sociales pour résoudre ces problèmes. En proposant des séjours internationaux pour bénévoles, ce programme fait appel à l’échange interculturel pour élargir les perspectives mondiales des jeunes sur la citoyenneté. Chacune de ces initiatives a renforcé chez les jeunes le sentiment que leurs actions pouvaient changer les choses et les a encouragés à se mettre au service de la société. L’une des grandes leçons à retenir est que le passage à l’action est essentiel, car il permet aux jeunes de développer des compétences de leadership transformationnel tout en leur offrant la possibilité d’approfondir leurs compétences grâce à de multiples occasions concrètes d’apprentissage, d’action et de réflexion.

2. Le programme Al Fakhoora met lui aussi l’accent sur l’action des jeunes et a pour objectif de leur apporter les compétences, les connaissances et l’expérience requises pour devenir des personnes dotées d’un sens civique qui agissent dans l’intérêt général de leur communauté. Il a le mérite de faire le lien entre deux notions : la citoyenneté mondiale repose sur le sens civique. Al Fakhoora a proposé un programme de leadership civique complet en plusieurs étapes à des élèves de Gaza, avec pour but de faire d’eux des citoyens positifs, internationaux et susceptibles d’inspirer les autres. L’analyse de la structure de ce programme permet de tirer des enseignements plus globaux sur l’aide apportée aux jeunes vivant dans des situations de conflit et d’après-conflit, ainsi que sur la manière dont des programmes centrés sur l’ECM peuvent inspirer les élèves et leur donner les moyens de devenir des agents de changement au sein de leur propre communauté. 

 

Après avoir reçu une formation sur diverses compétences de leadership, les étudiants d’Al Fakhoora travaillent avec des adolescents de Gaza pour concevoir et mettre en œuvre des initiatives communautaires durables. Ce programme a été réalisé avec l’UNICEF.

La méthode Al Fakhoora repose à la fois sur la théorie et la réalisation. Elle se fonde sur l’idée selon laquelle l’acquisition de connaissances sans mise en pratique ne permet pas de réaliser le potentiel des élèves. On peut en tirer un autre enseignement majeur : le contexte local est important, et les besoins des jeunes varient selon les régions, ce qui nécessite une approche flexible pour s’adapter au programme scolaire au lieu d’appliquer une méthode « unique ». Cette flexibilité a permis au programme d’être adapté à des partenariats avec le PNUD et SPARK en Cisjordanie, en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Irak.

3. Lancé en 2012 initialement dans le but de recruter 10 millions d’enfants non scolarisés, le programme Educate A Child (EAC) collabore avec des partenaires dans différents contextes pour établir un contact avec ces enfants dans des communautés marginalisées. Un certain nombre de projets EAC en Inde (Educate Girls), au Pakistan (ILMPOSSIBLE) et en Ouganda (Building Tomorrow) promeuvent la citoyenneté mondiale grâce à de jeunes bénévoles qui sensibilisent les populations locales au besoin d’éducation de leurs enfants et les mobilisent. Les bénévoles suivent une formation pour développer des compétences comme la mobilisation communautaire, l’empathie, la résolution de problème, la prise de décision et le leadership. Appelés Team Balika en Inde, ILM Ambassadors au Pakistan et BT Fellows en Ouganda, ces bénévoles travaillent avec les familles, les communautés, les écoles et les programmes éducatifs pour identifier les enfants non scolarisés et les inscrire ensuite dans un programme éducatif. Ces jeunes acquièrent des compétences utiles comme la réflexion critique et la communication, qui leur donnent les moyens de servir les intérêts de leur communauté et de rechercher des solutions aux problèmes locaux. Les compétences acquises sont également bénéfiques à titre personnel, car elles contribuent à renforcer la confiance en soi au moment de faire une demande d’admission à l’université ou sur son lieu de travail.

4. Dans le nord de l’Ouganda et dans le sud du Soudan, le programme Protect Education in Insecurity and Conflict (PEIC) a mis en place des ateliers artistiques dans le camp de réfugiés de Bidi Bidi dans le nord de l’Ouganda et a travaillé avec la Whitaker Peace and Development Initiative pour veiller à ce que les jeunes vivant dans des communautés touchées par des conflits aient connaissance des droits fondamentaux, de l’état de droit et de l’importance du droit à l’éducation. Le programme a aussi permis de développer leur capacité à défendre une cause, afin de leur donner la parole et de construire la paix. L’expérience du programme PEIC a montré que, même si l’importance actuellement accordée par l’ODD 4.7 au programme scolaire, aux enseignants et à la salle de classe est primordiale, il est aussi important pour la citoyenneté mondiale d’avoir un rayon d’action plus large grâce à des programmes de volontariat en consolidation de la paix qui dépassent le cadre de la salle de classe. Le fait que les participants aient la possibilité d’intervenir pour définir des valeurs telles que la tolérance, la diversité et la paix par le biais d’une approche « partant de la base » et enracinée dans les contextes locaux est également un point essentiel pour garantir un engagement plus profond de l’ensemble de la communauté en faveur des valeurs de la citoyenneté mondiale.

Les expériences sur le terrain de l’EAA sont des exemples de « pratiques prometteuses ». Elles montrent ce que les programmes de citoyenneté mondiale peuvent réaliser grâce des partenariats et des programmes de terrain fondés sur la concertation. Outre les enseignements qu’on peut tirer de chacun des programmes, on peut plus globalement affirmer que la citoyenneté mondiale en pratique, soucieuse des contextes locaux et capable de prendre au sérieux les paroles et expériences de celles et ceux qui sont sur la voie de devenir des citoyens mondiaux, constituera la base d’un monde durable.
 

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