Comment la crise de l'apprentissage touche les garçons

Ecrit le 16 juin 22 par Matthias Eck, Justine Sass
Genre
Déperdition scolaire

 

Nous sommes loin d'avoir atteint l'engagement de l'objectif de développement durable (ODD) 4, selon lequel d'ici 2030, tous les enfants seront scolarisés pendant 12 ans et apprendront.

Une nouvelle publication de l'UNESCO intitulée "Aucun enfant laissé pour compte : rapport mondial sur le décrochage scolaire des garçons" montre que dans de nombreux pays, les garçons sont plus susceptibles que les filles de redoubler des classes, de ne pas aller au bout des différents niveaux de scolarité et d’avoir de moins bons résultats à l’école. Alors que les désavantages subis par les garçons semblaient surtout toucher les pays à revenu élevé ou à revenu intermédiaire supérieur au début du millénaire, cette tendance a changé et inclut à présent plusieurs pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur. L’enseignement secondaire est la période où les désavantages subis par les garçons sont les plus courants

Les garçons ont de moins bons résultats en lecture

Dans 57 pays disposant de données sur la pauvreté des apprentissages (incapacité à lire et à comprendre un texte simple à l'âge de 10 ans), les garçons âgés de 10 ans s’en sortent moins bien en lecture que les filles et les adolescents n’arrivent toujours pas à suivre le rythme des adolescentes dans l’enseignement secondaire. On constate que les écarts en matière de compétences en lecture commencent tôt. Bien que les données sur l'apprentissage soient limitées pour les premières années de scolarité, dans 23 des 25 pays disposant de données sur la maîtrise de la lecture en 2e année, la proportion de filles atteignant le niveau minimum de maîtrise de la lecture était supérieure à celle des garçons. Les disparités les plus importantes sont observées en Jamaïque, au Kenya, à Kiribati et au Lesotho (voir figure 1). En mathématiques, à l’inverse, l’écart entre les genres, qui jouait en défaveur des filles au début du millénaire, s’est réduit ou équilibré avec les garçons dans la moitié de tous les pays disposant de données.

Minimum proficiency levels achieved in reading in Grade 2/3, latest year
Figure 1 : Niveaux de compétence minimums atteints en lecture en 2e et 3e année, dernière année. Source des données : Institut de statistique de l'UNESCO. Consulté en août 2021

En outre, le cycle le plus récent de l'enquête de l'OCDE sur l’évaluation des compétences des adultes (PIAAC) montre que les écarts entre les sexes en numératie ne sont pas particulièrement prononcés chez les jeunes adultes de moins de 25 ans dans 32 pays de l'OCDE. Cela reflète une plus grande équité dans les possibilités d'éducation au cours des deux dernières décennies. Toutefois, chez les adultes plus âgés, les différences de niveau d'études, les choix professionnels et les résultats sur le marché du travail en fonction du sexe peuvent expliquer en partie les disparités en matière de compétences en littératie et en numératie au détriment des femmes âgées, notamment en ce qui concerne la numératie.

Les normes et les attentes de genre ont une influence sur la motivation et la volonté d’apprendre des garçons

Les normes et les attentes liées au genre ont un impact sur la motivation et le désir d'apprendre des garçons. Dans de nombreux cas, les activités scolaires et certains sujets sont considérés comme incompatibles avec les expressions de la masculinité et, par conséquent, l’éducation est impopulaire auprès des garçons, ce qui a un impact négatif sur leurs résultats.

Dans de nombreux pays, on attend également des garçons qu'ils contribuent au revenu familial, ce qui leur laisse moins de temps pour apprendre. Comme l'a fait remarquer un garçon de 15 ans du Lesotho interrogé pour le rapport de l'UNESCO :

Les parents me disent d'aller chercher le bétail manquant, je rentre parfois tard et n'ai plus la possibilité de lire.

Un chef d'établissement des Fidji a rapporté :

Les parents considèrent toujours leurs garçons comme une ‘source de revenus’ et les encouragent même à faire des petits boulots et des jobs de vacances pour gagner un peu d'argent de poche. Bien qu'ils considèrent cet exercice comme un symbole de maturité et de responsabilité, cela conduit à désavantager les garçons car ils perdent tout intérêt pour le travail scolaire.

Les pratiques telles que la répartition en classes homogènes et la non-mixité contribuent à la faible motivation, aux mauvais résultats et au décrochage scolaire des garçons. Une discipline très sévère, des châtiments corporels et d’autres formes de violence fondée sur le genre en milieu scolaire ont des répercussions négatives sur la réussite scolaire et le niveau d’instruction des garçons. La peur et les violences subies sont à l’origine d’une augmentation de l’absentéisme et peuvent contribuer à l’abandon de la scolarité. Comme l'a dit un élève d'âge secondaire des Émirats arabes unis : "Je me souviens encore des coups. En cinquième année, j'avais un professeur qui, pour une raison quelconque, me détestait et m'a fait détester les études. En conséquence, je suis devenu têtu et j'ai refusé d'étudier."

Les garçons sont plus susceptibles que les filles de subir des harcèlements physiques et sont souvent pris pour cibles en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre et de leur expression de genre, qu’elles soient réelles ou perçues. La peur et les violences subies sont à l’origine d’une augmentation de l’absentéisme et peuvent contribuer à l’abandon de la scolarité.

Les résultats de l'apprentissage doivent être améliorés pour tous

Alors que l’amélioration des chances pour les filles du monde entier d’accéder à l’éducation continue de jouer un rôle essentiel pour parvenir à l’égalité des genres dans et par l’éducation, cette préoccupation principale pour atteindre l’égalité et la parité des genres ne doit pas pour autant oublier les garçons.

Le rapport de l'UNESCO formule plusieurs recommandations sur la manière d'améliorer les résultats d'apprentissage des garçons :
Surveiller la performance scolaire, l’assiduité et les notes des élèves ainsi que d’autres indicateurs de l’abandon de la scolarité en assurant un suivi avec les élèves et les parents en fonction des besoins.

  • Créer des environnements d’apprentissage transformateurs du genre et inclusifs qui répondent aux besoins de tous les apprenants. Cela implique de former le personnel enseignant à des pédagogies transformatrices du genre, afin de leur donner les moyens pour remettre en cause les normes de genre strictes et rendre les programmes et le matériel pédagogique transformateurs du genre, inclusifs et dénués de stéréotypes.
  • Promouvoir une culture d’apprentissage positive qui stimule les intérêts de tous les apprenants avec un personnel enseignant qui fait preuve d’équité, ayant des attentes élevées pour tous les apprenants et proposent des retours constructifs aux élèves, créant ainsi de bonnes relations entre le personnel enseignant et les élèves. 
  • Interdire les châtiments corporels à l’école ; instaurer, diffuser et appliquer des codes de conduite pour le personnel enseignant et les élèves ; et offrir des formations sur la discipline positive et non violente au personnel enseignant, et mettre en place des mécanismes de contrôle et de réponse efficaces.
  • Mettre un terme à la répartition en classes homogènes et minimiser les pratiques de la non-mixité.
  • Élaborer et appliquer des stratégies pédagogiques efficaces pour développer les compétences en lecture des garçons.
  • Prévenir toutes les formes de violence fondée sur le genre en milieu scolaire et y répondre à travers la législation, les orientations politiques, la formation du personnel enseignant, des approches à l’échelle des établissements, des interventions basées sur la communauté et des mécanismes fiables de contrôle et de signalement.
  • Proposer des activités extrascolaires pour que les garçons n’abandonnent pas la scolarité et acquièrent des compétences sociales et transférables.
  • Collecter des données ventilées par genre et des caractéristiques intersectionnelles, et les rendre accessibles au public pour mieux comprendre la participation, la progression et les résultats d’apprentissage des garçons, notamment parmi les plus marginalisés d’entre eux. Collecter et traiter des données sensibles avec prudence.

La prise de mesures à l’égard du décrochage scolaire des garçons et des désavantages qu’ils subissent dans ce domaine n’implique pas un jeu à somme nulle. L’égalité des chances en matière d’éducation est bénéfique à la fois pour les filles et les garçons, ainsi que pour la société de manière plus générale. L'éducation doit être améliorée pour les apprenants masculins, féminins et non binaires, sans laisser personne de côté.

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